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  • Mélanie Lecointe à Idem+arts Décapiter la blonde.

 

 

 

La première exposition personnelle de Mélanie Lecointe, qui s’est tenue à Idem+arts, à Maubeuge, du 12 décembre au 5 février 2010, s’annonçait sous un titre pour le moins net, et pourrait-on même dire tranchant : Décapiter la blonde. L’occasion sans doute, pour l’artiste, de régler quelques comptes avec certaine image de la femme, telle que modelée par l’histoire de nos sociétés patriarcales, et toujours bien implantée dans nos sociétés contemporaines. L’une des premières pièces à apercevoir en entrant le confirme d’ailleurs : une installation vidéo qui projette le visage de l’artiste en gros plan, coi ffée d’une couronne et maquillée d’argent, comme sortie d’un conte de fée, mais entrecoupée aussi, lorsqu’on s’y attarde, sous la forme de flashs, presque à l’instar d’images subliminales, d’un slogan, I love phallocratie, où l’on comprend bien qu’il faut entendre antiphrase… Une autre oeuvre, de la même veine, représente plus loin un phallus en érection. Le médium vaut d’en être souligné : c’est un vitrail, posé sur caisson lumineux. Le message se fait alors plus ambigu : s’agit-il encore de dénoncer, ou n’y a-t-il pas en même temps un mouvement contraire qui tend, lui, à sacraliser la chose ? Comme un rappel, vers ce qu’on serait tenté d’appeler du primitif, ou vers cet archaïque pour le dire plus exactement, dont l’injonction est toujours inquiétante, parce qu’elle nous échappe. Les dessins qui complètent l’accrochage – un mural et quatre petits formats sous verre – confirment au reste l’hypothèse, qui déclinent, dans une esthétique proche du naïf, les aspects d’une humanité qui côtoie la bête jusqu’à s’y mélanger... Décapiter la blonde ? Oui. Mais comme se doit décapiter toute certitude. Et non pour y couronner en place rien d’autre que ce soit.

 

François Coadou